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L’art libre au coeur de la métamorphose

« Que d’embûches à prévoir, et de croisées de chemins, dans le déroulement de la crise ! Les voies différentes du parcours débouchent sur des issues diverses : et nous aurons d’autant plus de mal à tenir la route que, voyageurs sans boussole dans nos sociétés en rupture de culture, c’est avec une force vertigineuse que les technologies de l’information nous lancent vers l’inconnu. »

Pour Jacques Robin, qui écrit ces lignes en 1989 (Changer d’ère, Le Seuil, p. 274), tout comme pour ses camarades de pensée transdisciplinaires depuis leur rencontre au sein du Groupe des Dix dans les années 1960, il a une évidence : la mutation informationnelle (qui va bien au-delà de l’irruption dans nos vies quotidiennes des nouvelles technologies de l’information), nous lance une injonction, celle de revoir en profondeur nos modes de production et de redistribution des richesses, notre conception même de la richesse, notre rapport au pouvoir et nos modes d’organisation sociale, notre rapport au monde et à nous-mêmes. Nos anciens schémas de pensée pourront bien tenter de résister, nos anciennes structures mentales et organisationnelles pourront bien essayer de faire illusion en même temps qu’elles s’accrocheront désespérément à la rive, rien n’y fera, nous avons mis en place les conditions d’un changement inéluctable. Nous allons devoir changer. Nous allons changer. Chacun de nous, tout comme l’humanité dans son ensemble, est concerné.

Jacques Robin et ses émules transdisciplinaires en appelaient à l’anticipation, à une politique écologique et humaine qui sache voir au-delà du court terme. Mais, était-ce les médias ou le pouvoir en place ?, on les traitait à l’époque de Cassandre, on balayait leurs discours d’un revers de main, on coupait l’image et le son. Puis on les a traités, (eux, et celles et ceux qui, en recherche de voies nouvelles dans un monde de plus en plus financiarisé, consumériste et générateur d’exclusion captaient une lumière inspirante et optimiste dans l’annonce de notre entrée prochaine dans l’ère de l’information), on les a traités donc d’altermondialistes en veillant à bien placer derrière le mot un décor teinté de suggestions telles que « risque de violence quasi primaire », « volonté de troubler le désir légitime de sécurité du citoyen », « perspective révolutionnaire », ou encore « utopie », « absence totale de réalisme ». Amalgame rapide et bien réducteur.

D’altermondialiste, il faut en fait retenir deux idées, différentes et complémentaires. La première est « alter » : nous devons impérativement rechercher des manières différentes, « autres », de faire, dire et être ensemble en société. La seconde est « mondialiste » : cette recherche doit s’effectuer partout sur la planète dans le respect des cultures, des besoins des humains et du vivant qui évoluent là, et des ressources locales. Et charge à nous, les humains, d’identifier les bons systèmes d’articulation et de régulation de ces différents niveaux éco-systémiques : niveau local, région, territoire, nation, nations unies, continent, planète. Regarder le monde autrement pour parvenir à faire émerger l’interaction heureuse de l’unité et de la diversité : voilà une quête quasi ancestrale qu’il nous est à présent demandé d’expérimenter au cœur même de nos systèmes économiques, sociaux, culturels et certainement aussi spirituels. Serons-nous à la hauteur de cette expérience nouvelle ? L’avenir nous le dira.

Nombreux sont celles et ceux qui aujourd’hui, partout sur la planète, s’inscrivent dans cette dynamique. C’est le cas les « ré-inventeurs » de la culture et de la transmission des savoirs sous toutes ses formes, un savoir vivant entendu comme un bien commun de l’humanité. C’est dans ce contexte qu’est née la Licence Art Libre. « Il s’agit d’offrir aux auteurs un outil juridique qui autorise, par principe et légalement, la copie, la diffusion et la transformation des œuvres, dans le respect du droit d’auteur » explique l’un de ses co-rédacteurs Antoine Moreau. Et celui-ci va plus loin encore. En créant dans le champ artistique le Copyleft, il nous souffle l’idée selon laquelle « ce qui est à chacun est à tout le monde et ce qui est à tout le monde est à chacun ». Subversion ou retour aux sources ? « Il s’agit en fait de retrouver ce qui fait art depuis la nuit des temps et de rendre toujours possible la création qui nous traverse et nous transporte ». Voilà une initiative de nature à questionner notre rapport à l’art, à sa valeur, à l’avoir, à la propriété. Nous avons vitalement besoin de ce type de questionnement.

Dans ce contexte, quoi de plus naturel que les chemins du collectif Libre Accès (http://libreacces.org/), de la maison d’édition In Libro Veritas (http://www.inlibroveritas.net/), et de l’ouvrage L’urgence de la métamorphose se croisent. Lorsque les personnes et les collectifs avancent dans leur quête de sens sans faire de concession par rapport à leurs valeurs, sans indulgence non plus dans le traitement des perturbations internes que cela peut provoquer, remise en question oblige, et dans le respect de chacun dans toutes ses dimensions, alors de l’innovation apparaît. Autrement dit, lorsque nous mettons notre curiosité et nos rêves en actions, alors nos imaginations s’ouvrent et se fécondent, de nouveaux possibles apparaissent, de nouvelles activités se créent. Le mot « entreprendre » s’en trouve revivifié. Jacques Robin, qui nous a quittés en juillet 2007, aurait été infiniment heureux de savoir que son ultime message allait renaître sur ce terreau revitalisant, qui plus est sous Licence Art Libre (http://artlibre.org/).

Laurence Baranski

L’urgence de la métamorphose, Jacques Robin et Laurence Baranski Préface de René Passet, Postface d’Edgar Morin Editions In Libro Veritas, 2008 Licence : Licence Art Libre (LAL) 210 pages

Laurence Baranski



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