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La filiation intellectuelle et alternative d’Interactions TP-TS


Dans le numéro 71 de la Revue Transversales Science/Culture, en décembre 2001, Philippe Merlant rappelait dans son éditorial les douze avancées conceptuelles, toujours très actuelles, voire d’avant-garde, auxquelles la revue a contribué en douze ans d’existence :

- La mutation informationnelle. « Depuis plus de 50 ans, l’humanité a fait son entrée dans une nouvelle ère : l’ère de l’information. K.G. Boulding annonce cette rupture historique lorsqu’il s’écrit, dès 1952 : « L’information est une troisième dimension de la matière, au-delà de la masse et de l’énergie ». Depuis quelques décennies, en apprenant à nous « saisir » toujours mieux de cette dimension inédite de la matière, l’information, nous nous éloignons de plus en plus rapidement, de cette longue période des 10 000 dernières années, l’ère énergétique. La donne a changé. Nous nous donnons aujourd’hui les moyens de modifier radicalement l’organisation de nos sociétés et les rapports entre les humains. Nous seulement nous nous en donnons les moyens, mais les modifications organisationnelles, structurelles, et relationnelles qui se dessinent, apparaissent comme une nécessité vitale. Nous ne pourrons poursuivre l’aventure de l’humanité en conservant les modèles actuels d’échanges, de production, et de partage hérités du passé, qui mettent en péril la biosphère et les équilibres naturels ». Soulignée avec toujours plus de force par Jacques Robin, cette mutation informationnelle restera au coeur des réflexions de Transversales Sciences/Culture. En 1996, Transversales impulse la création de VECAM, association de veille et de sensibilisation aux usages des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, animée par Véronique Kleck, Valérie Peugeot et bien d’autres…travaille en étroite collaboration avec Place Publique, site d’initiatives citoyennes .

- Le chaos et la pensée complexe. « Ces pluralités de logiques, qui nous révèlent les interactions de la complexité de l’univers, sont un enrichissement. Les premières de ces logiques se bâtissaient sur un univers que l’on croyait construit. Les plus récentes s’adressent à un univers que nous savons en construction. Nous passons depuis 2 ou 3 décennies d’une « science des états » à une « science des processus » ; nous examinons du « devenir » plutôt que de « l’étant » et le plus fécond reste à venir. » Nous évoluons dans une complexité et une l’incertitude croissantes. Transversales, toujours proche d’Edgar Morin, promeut à ses côtés l’idée de « la réforme de la pensée », et lance un débat à la fois scientifique, économique, et social sur ces thèmes .

- La critique de la technoscience. « Dans la technoscience actuelle, non seulement la science est asservie à la technique, mais elles le sont l’une et l’autre à l’impératif catégorique de la société post-industrielle : maximiser la production, la consommation et l’information afin d’accumuler toujours plus de capital…" . Cette question sera analysée et précisée au fil des numéros, notamment au travers de deux thèmes cruciaux : « la fabrique du vivant » et les dérives du « tout génétique » dénoncés par Henri Atlan et Jacques Testart ; l’information et les dangers du « révisionnisme numérique » pointés par Joël de Rosnay et Philippe Quéau.

- Conscience et responsabilité. Dès ses premiers numéros, Transversales se penche sur les processus cognitifs et le fonctionnement du cerveau. Armand Petitjean ouvre un débat sur la conscience : « Sans conscience humaine, ni l’infini du monde, ni notre finitude n’auraient le moindre sens ». Puis, quelques mois plus tard, il fait connaître à un large public le philosophe allemand Hans Jonas et son Principe Responsabilité : « Que veut dire prendre conscience que nous sommes parvenus à une césure de l’histoire de l’humanité, qu’un chapitre nouveau a commencé qui adresse des requêtes totalement nouvelles à l’éthique ? Auparavant, l’éthique traitait des rapports à l’autre homme… A présent, nous avons une relation de responsabilité à l’égard de la nature. »

- De l’écologie à l’écosophie. Dans le n°1, Jacques Robin alerte : "La biosphère, système complexe et autorégulé, ne peut être livrée aux activités inconsidérées des humains sans une lourde menace sur les régulations de notre planète ». Quelques numéros plus tard, la revue approfondit trois approches fondamentales de l’écologie : les approches scientifique, politique et mentale. Félix Guattari proposera une vision systémique de leur articulation : l’écosophie. En 1992, Transversales participe au sommet de Rio sur le développement durable.

- Travail et revenu. « S’agissant de la répartition, les formes actuelles du progrès technique, interdisant d’en isoler la productivité propre à chaque facteur, ne permettent plus d’en faire la contrepartie de sa rémunération. La part de revenu social s’accroît ; celui-ci débouche sur la question du revenu garanti » écrit René Passet qui, dans le n°10, plaidera en faveur « d’un revenu européen de citoyenneté ».

- Economie et monnaies plurielles. « L’incapacité du marché à répartir les richesses produites en abondance par la machine informatisée, la dérive de la monnaie en instrument de spéculation, la dégradation accélérée de l’environnement par l’insdutrialisation : tout montre que cette économie de marché qui s’étend sans cesse nous entraîne dans sa propre contradiction - jusqu’à sa perte ? » . Dès le n°1, Transversales pose la question de la finalité de l’économie de marché, puis plus tard celle des monnaies plurielles . Une question qui sera progressivement approfondie, tout comme celle du tiers secteur d’utilité sociale et écologique, avec la collaboration de Guy Aznar, Alain Caillé, Jean-Louis Laville, Roger Sue, Alain Lipietz et Dominique Meda. En 1995, Transversales appuie le lancement d’un « Appel européen pour la citoyenneté et une économie plurielle » (Aecep). La revue s’associe au débat sur la richesse et les monnaies lancé autour de la mission de Patrick Viveret : Reconsidérer la richesse . Elle coorganise des rencontres-débats sur l’économie coopérative avec le CJDES .

- Europe : pour un projet de civilisation. « Il ne tient qu’aux forces sociales et politiques qui mettent en avant la construction en Europe d’une société démocratique, sociale, écologique, responsable, de lutter en faveur de leurs objectifs : l’Union Européenne prévue par le Traité ne ferme pas la porte à de tels projets ; faut-il qu’ils soient portés sans défaillance. » Année après année, la revue affirme sa vision d’une construction politique de l’Europe, seule capable de s’opposer à sa réduction au simple rôle de laboratoire néo-libéral. En 1992, Transversales suscite la création d’Europe 99, association oeuvrant en faveur de la construction d’une citoyenneté européenne et animée avec efficacité par Valérie Peugeot.

- Un autre monde est possible. « Il faudra plusieurs décennies pour « organiser » des conditions équitables des échanges entre grands ensembles géopolitiques dans une perspective de coopération mondiale et non de guerre économique. (…) Dans la complexité du monde actuel, uniformiser par le libre-échange ces ensembles, c’est enfoncer les pays les plus faibles et renforcer les pays les plus forts » . Transversales figure parmi les fondateurs de l’association ATTAC et participe chaque année au Forum Social Mondial de Porto Alègre. En octobre 2001, la revue co-organise les rencontres de Bled (Slovénie) qui aboutiront à la création d’une instance éthique mondiale, le Collegium international éthique, scientifique et politique. L’intention consiste à profiter de l’expérience acquise par des hommes d’État, de préférence qui ne sont plus au pouvoir, et des hommes de pensée, de sciences et de philosophie pour identifier les problèmes majeurs et grands enjeux de nos sociétés, proposer des solutions et faire appel aux dirigeants, aux opinions publiques et aux institutions qui peuvent les porter.

- Pour une citoyenneté active. « Pour que les gens participent, il faut qu’ils aient la conviction, constamment vérifiée, que leur participation ou leur abstention feront la différence. Et cela n’est possible que s’il s’agit de participer à la prise de décision effective, qui affecte leur vie. (…) L’évolution technologique permettrait l’organisation de vastes débats publics auxquels les experts, contrôlés démocratiquement, soumettraient par exemple les options possibles… » affirme Cornelius Castoriadis . Transversales souligne la nécessité d’une démocratie « plurielle », associant à sa forme classique, représentative, des éléments de démocratie participative et délibérative. Cela suppose l’émergence d’une citoyenneté active, au niveau local et mondial. A trois reprises (1991, 1993, 1997), Transversales est associée aux rencontres de Parthenay, organisées par le maire de la ville, Michel Hervé, sur la citoyenneté active, initiative alors avant-gardiste. La revue est aussi à l’origine de l’appel « Pour une charte de la citoyenneté », lancé le 20 octobre 1993. Elle précise les contours d’une éthique démocratique.

- Arts et mutations. Dès sa création, la lettre affirme que sa transversalité ne réside pas seulement dans le décloisonnement des disciplines scientifiques, mais concerne aussi le clivage traditionnel entre science et culture. Transversales travaille en partenariat avec Mains d’Oeuvres, lieu associatif et culturel situé à Saint-Ouen. La revue suit également le projet « Planète émergences », initié par Gérard Paquet : « les artistes doivent être des passeurs, des défricheurs, des inventeurs de formes et de mondes ».

- De la production de soi à la transformation personnelle. La remise en cause de la valeur « travail » comme ciment du lien social fait surgir la question du temps libéré. Mais que faire de ce temps « si nous n’acceptons pas qu’il devienne vide ou temps marchandisé ? ». Cette question de Jacques Robin ramène à celle des conditions et finalités de la production de soi. Cette notion sera reprise par André Gorz et Roger Sue. Puis le débat s’élargit : face aux risques de marchandisation de tous les aspects de la vie humaine, Transversales affirme que la question de la transformation personnelle devient une question politique. Cette réflexion aboutira au projet Interactions TP-TS.


De 2001 à 2003, la revue poursuit ses publications régulières et élabore l’ouvrage « Sortir de l’économisme, une alternative au capitalisme néolibéral », sous la direction de Philippe Merlant, René Passet, Jacques Robin .

En 2003, soumise à des difficultés financières, Transversales Science/Culture doit cesser ses publications sous forme de revue. Sous l’égide du GRIT , les contributeurs qui ont animé et alimenté la revue au fil des numéros ont recentré leurs activités sur trois axes :

1/ la mise en ligne sur Internet du site GRIT Transversales qui regroupe les principaux thèmes travaillés depuis des années, ainsi que l’édition d’une "newsletter" électronique bimensuelle de 6 à 8 pages consultable sur le site.

2/ des réunions plénières consacrées à des thèmes-clés au regard de la période de transformations profondes que nous vivons.

3/ une collection de livres en partenariat avec les Editions Fayard qui s’ouvre par la publication en février 2005 avec les livres de Patrick Viveret, « Pourquoi cela ne va pas plus mal ? », et de Philippe Aigrain, « Cause commune : l’information entre bien commun et propriété ».

La collection Transversales poursuit l’ambition de la revue Transversales Science/Culture et de ses fondateurs (Henri Laborit, Edgar Morin, René Passet, Jacques Robin, Joël de Rosnay… ) pour rapprocher et décloisonner les savoirs, les disciplines, les approches, afin d’éclairer les enjeux cruciaux auxquels sont actuellement confrontées les sociétés humaines. Il s’agit de mettre en évidence les alertes qui se précisent, les risques qui leurs ont associés, mais aussi les raisons d’espérer ; en jetant un regard nouveau « transversal » sur les menaces écologiques, sociales et techniques et les nouvelles formes de coopération à l’oeuvre pour reconstruire l’espace politique, les nouveaux arts de vivre, les formes d’innovation centrées sur l’humain. Le monde, les sociétés humaines sont entrées dans l’ère de l’information, une nouvelle ère marquée par la multiplication des interactions et la complexité. Désormais, comme le dit Edgar Morin, « nul problème humain ne peut être compris sans une pensée elle-même complexe, multidimensionnelle ». Le pari de la collection est de s’adresser à un large public et de lui montrer, par le traitement intégré de questions qui pouvaient lui paraître fragmentées et hors d’atteinte, qu’il est possible de devenir acteur de sa vie et de l’évolution du monde. » (Annie Batlle)

C’est sur terreau actif, plate-forme de pensées, d’acteurs, et d’initiatives citoyennes, qu’a pris naissance le projet Interactions Transformation Personnelle-Transformation Sociale.


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